Ray’s Day: the sky was the color of television, tuned to a dead channel

Ray's day

Une fois n’est pas coutume. À l’occasion du Ray’s Day, autrement dit, la fête de la lecture, je vais parler d’un livre : Neuromancien, de William Gibson. Parce qu’il vient de fêter ses 30 ans de parution. Parce que c’est un ouvrage monstre. Et parce que c’est sans doute le meilleur truc que j’ai lu de toute ma vie.

Neuromancien (Neuromancer dans son titre original), c’est un ouvrage sorti en 84, et le premier texte de SF à avoir reçu les prix Nebula, Philip K. Dick et Hugo. En gros, pour de la blanche, imagine qu’il ait gagné le Goncourt et le Pulitzer. La même année. Même s’il n’est pas le tout premier texte cyberpunk, c’est grâce à cette immense reconnaissance qu’il a su donner ses lettres de noblesse au genre et le faire figurer comme sous-genre distinct de la science-fiction. Là, tu respectes.

Et si en plus je te dis que l’on doit la popularisation du terme « cyberspace » à ce roman, tu devrais commencer à comprendre l’impact culturel du bazar.

la couverture de l’édition originale. Tron style, bitches.

Alors, Neuromancien, qu’est-ce que c’est ? Pour ne rien gâcher et la faire courte, on va dire que c’est l’histoire de Case, un hacker un peu paumé, drogué, alcoolique, qui se fait proposer un contrat de taré pour aller pirater une IA. Le truc qui a la réputation de griller la cervelle de celui qui s’y essaie. Et pour ça, il va être accompagné d’une samouraï des rues, Molly, une fille avec des rasoirs à la place des ongles, des yeux miroir et des tas d’implants partout. Ah, et il y aura aussi Riviera avec lui, un psychopathe qui peut faire apparaître des hologrammes où ça lui chante. Oh, et des rastas dans l’espace. Pis quand Case se connecte sur son deck, il se retrouve dans la matrice de Tron. Juré.

Comme le veut le genre, c’est sombre. Neuromancien est l’un des tous premiers romans à faire de la SF sur les codes du polar et du anti-héros. Les ruelles sont sombres ; les méga-corporations dirigent le monde alors que les camés crèvent dans les caniveaux ; les protagonistes ont tous un grain et cherchent juste à survivre ; la technologie est froide et omniprésente, elle n’est plus perçue comme un miracle scientifique, juste comme une réalité. On est loin de la SF-à-papa, de Jules Verne, Huxley ou Bradbury, avec des gentils et des méchants et des gens qui s’extasient face au progrès et à la science. Ici, aucun aparté sur la technologie, le progrès, les conséquences morales et toutes ces conneries : non, là c’est de la fiction, de la vrai, qui te raconte une histoire géniale – c’est juste que ça se passe dans le futur et personne n’en fait tout un plat.

Molly, la fille aux yeux miroir, sur la couverture de l’édition brésilienne

Neuromancien est une œuvre d’anticipation hallucinante. Reposons le contexte. 1984. 1% des Américains possède un ordinateur, Internet est un joujou d’universitaire. Et Gibson se pointe, tranquille, et décrit un monde où les réseaux informatiques sont interconnectés dans une vaste matrice, où les hackers connectent leurs neurones directement à leurs machines, où les IA dirigent des consortiums, où les morts ont des programmes-copies de leurs mémoires pour les simuler. Ok, il n’avait pas anticipé les portables et les smartphones, mais à part ça, c’est difficile d’imaginer en le lisant que ce texte a été écrit il y a 30 ans.

Neuromancien aborde aussi des thèmes plus que jamais d’actualité. L’hybridation homme-machine. La conscience artificielle. Le trans- et le post-humanisme. Et tout ça sans jamais faire froncer le sourcil, le tout glissé dans l’histoire avec un naturel impeccable.

The sky was the color of television, tuned to a dead channel.

Et puis le style. Le titre de cet article vient de la première phrase du livre, traduite par « Le ciel était couleur télé calée sur un émetteur hors service ». Tout y est : le mélange du naturel et de l’artificiel, le noir et blanc, l’ambiance sombre. Bienvenue dans les bas quartiers de Chiba !

Sprawl de IgnisFerroque

Bref, Neuromancien est un livre à lire.

Vous aimez Ghost in the shell ? Lisez Neuromancien.

Vous aimez Shadowrun ? Lisez Neuromancien, tout en est pompé.

Vous aimez Blade Runner ? Lisez Neuromancien. D’ailleurs, lors de l’écriture du roman, Gibson a vu le film au cinéma et a cru qu’il serait la risée du monde entier : il craignait être accusé de plagiat pour l’esthétique sombre de son univers.

Vous aimez la pizza ? Lisez Neuromancien. Tout le monde doit lire Neuromancien.

cyberpunk_retina

Vous n’en croirez pas vos yeux.

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